Gardel et Besse... extraits


L'homme et la terre

Eric Gardel, 1952


On peut dire que l'espace concret de la géographie nous délivre de l'espace, de l'espace infini, inhumain, du géomètre ou de l'astronome. Il nous installe dans un espace à notre dimension, dans un espace qui se donne et répond, espace généreux et vivant ouvert devant nous.


On habite un lieu dès lors que pouvons y relâcher nos mécanismes de défense et nous y confier par le sommeil.


La singularité de l’habiter réside peut-être dans cette recherche d’un espace protecteur au sein duquel il devient alors possible, de s’exposer dans toute sa fragilité. En distinguant ainsi l’espace personnel de celui des autres, l’habiter renvoie donc à l’établissement de limites, à l’apparition de discontinuités dans un continuum.



Habiter. Un monde à mon image

Jean-Marc Besse, 2013


Depuis les textes fondateurs d’Heidegger, il est acquis que l’habiter ne se résume pas à la construction ou à l’édification mais qu’il renvoie davantage à « cette espèce de conversation muette qui se tisse au long de nos rapports quotidiens et ordinaires avec le lieu dans lequel nous vivons ».


Autrement dit, l’Homme habite un monde qu’il modèle à son image, à ses besoins et avec lequel il est en interaction constante : « interroger l’habiter, c’est interroger ce qu’il en est pour les hommes de leur monde, du monde qu’ils ont édifié au cœur de l’espace et du temps, dans lequel ils ont ordonné leurs existences individuelles et collectives ».


Loin d’être inné, ou une activité passive de l’être humain, habiter exige au contraire de sa part qu’il se projette, qu’il marque les lieux pour se construire, en propre, un « monde » de significations.


C’est ainsi un espace de confiance que l’acte d’habiter vise à instituer, il s’agit de « tracer un cercle pour qu’un chez-soi apparaisse, en laissant au-dehors les forces du chaos ». Comme l’avait précisé Dardel, l’on habite un lieu dès lors que pouvons y relâcher nos mécanismes de défense et nous y confier par le sommeil...


Et la singularité de l’habiter réside peut-être dans cette recherche d’un espace protecteur au sein duquel il devient alors possible, de s’exposer dans toute sa fragilité. En distinguant ainsi l’espace personnel de celui des autres, l’habiter renvoie donc à l’établissement de limites, à l’apparition de discontinuités dans un continuum.

Association Trobien - 26 février 2022




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