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La vieillesse et la finitude sont-elles acceptables ?

Extraits de textes choisis par Jacqueline Ripart,

à l'occasion du café-philo au Contre-salon des vieilles et des vieux,

le 19 novembre 2024 - Halle des Blancs Manteaux, Paris 75004



"Si on entend par éternité non la durée infinie mais l’intemporalité,

alors il a la vie éternelle celui qui vit dans le présent."

Ludwig Josef Johann Wittgenstein,

citation extraite de « Tractatus logicophilosophicus »,

Gallimard (2001).


"Ce qu'aime le lion ce n'est pas la voix du bœuf, mais le bœuf lui-même, bon à manger, qui le rassasiera en un instant ; l'homme au contraire peut aimer sans limite la vue d'une biche, et s'égarer indéfiniment dans ce spectacle. C'est comme si les cycles vitaux du besoin avaient en eux une mesure naturelle, qui est la satiété ; et comme si les capacités spécifiquement humaines, en revanche, ne connaissaient naturellement aucune mesure. L'animal serait un être fondamentalement étranger à toute démesure ; l'homme un être constitutivement excessif en ses appétits spécifiques. C'est la raison et non la vie qui imprime en nous l'inquiétude de l'infini,

la violence de l'illimité."

Etienne Bimbenet,

L’animal que je ne suis plus

Folio- Essai, 2011 (p 395)



"On pouvait croire que nous étions naturellement convaincus que la mort était le couronnement nécessaire de toute vie (...) que la mort était un phénomène naturel, irrésistible et inévitable. Mais en réalité, nous avons l’habitude de nous comporter comme si il en était autrement. Nous tendons de toutes nos forces à écarter la mort, à l’éliminer de notre vie (...). Il nous est absolument impossible de nous représenter notre propre mort et chaque fois que nous nous y essayons nous nous apercevons que nous y assistons en spectateurs. (...) Personne au fond ne croit en sa propre mort ou ce qui revient au même ; dans l’inconscient, chacun de nous est persuadé de son immortalité."

S. Freud, Essais de psychanalyse,

Paris, Editions Payot, 1981 (p. 26)



"Dans son ouvrage Philosophie de la volonté (1950), Ricœur dit que la vie est de l’ordre du consentement, et non d’une volonté « absolue » qui n’aurait aucune limite. L’humain est un être temporel, et sa naissance et sa mort sont deux nécessités, deux choses dont il n’est pas « maître ». Pour Ricœur, la mort permet de donner sens à la vie. Le consentement, c’est le choix d’assumer ses propres limites, de dire « oui » à ces formes de nécessité. C’est la volonté qui se réapproprie ce sur quoi elle n’a pas prise a priori."

Roger Gil,

"Le consentement, entre raison et émotion,

entre autonomie et bienfaisance",

conférence au CHU de Poitiers, 2012



Ni passivement subie, ni librement créée, la finitude de l’existence ne peut être qu’assumée. Et elle ne peut l’être que de manière continue et non pas une fois pour toutes, par une simple prise de conscience soudaine du caractère éphémère de l’existence. Car ni la naissance ni la mort d’un existant ne sont au sens strict des « événements », si ce n’est pour les autres, puisqu’ils ne sont jamais vécus comme tels par lui. La naissance n’est pas plus un événement passé que la mort n’est l’événement futur du décès, mais, comme le souligne Heidegger, chaque être singulier existe « de manière native », tout comme il existe « de manière mortelle », tout au long de sa vie.

Françoise Dastur,

La question philosophique de la finitude,

dans Cahiers de Gestalt-thérapie 2009/1 (N°23).



"Insolent appétit d’absolu, de familiarité avec la totalité du monde et l’éternité. Voilà les couleurs du désir humain de bonheur qui se déploient dans toutes les fresques métaphysiques. Ou bien tout posséder, ou bien appartenir. Participer au tout, n’avoir pas d’existence séparée, puisqu’être un individu, c’est être in-sensé. Le bonheur sera donc celui de ne pas naître, de ne pas se séparer de la mère. Ou bien, si l’on naît, de participer à l’omnipotence de Dieu ou de l’un de ses ersatz. Partager la puissance de l’espèce, au lieu de vivre dans les lPimarictesqdue l«’iln’edsipvriditud. ésire et le monde déçoit » (Albert Camus), l’homme fini ne renoncera pas à l’infini mais le déplacera dans d’autres temps et dans d’autres mondes – terre promise ou paradis perdu – où pâlit la frontière entre essence et existence."



Paolo Flores d’Arcais, philosophe italien,

extrait de sa conférence donnée à Grosseto en 1985

sous le titre « Albert Camus, l’écriture et l’engagement ».









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